mardi 18 décembre 2012

Discours de Mme Valérie FOURNEYRON "l'Education populaire, une singularité constitutive de l'identité de la France"

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Valérie Fourneyron a participé à la journée de débat sur l'Education populaire « Education populaire, une utopie d’avenir ? » mardi 18 décembre 2012.

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Permettez-moi tout d'abord de vous dire combien j'aurais aimé participer à cette matinée de présentation, d'échanges, et sans doute de débats autour de l'éducation populaire, mais j'étais retenue par une autre obligation.

Je dis cela avec d'autant plus de regret que cette journée est un événement en soi. Il suffit de voir la qualité du programme concocté par l'équipe d'Hors champ, que je sais réduite autour de Nicolas Roméas et Marc Lacreuse, la qualité des intervenants et la diversité des invités, pour se convaincre qu'il se passe quelque chose au sein du monde de l'éducation populaire, que la ministre en charge de ce secteur ne pouvait pas ignorer.

Être parmi vous ce matin me donne l'occasion de dire publiquement ce qui fait sens dans la construction de la politique publique d'éducation populaire que j’entends mener, et de dresser quelques perspectives.

Il y a six mois, lorsque pour la première fois de l'histoire de la République,  l'éducation populaire a été inscrit dans l'intitulé du ministère dont j'ai la charge, cela a provoqué des réactions diverses. Pour les acteurs et les connaisseurs de cet univers, dont les racines remontent aux Lumières, rappelons-le, c'était le signe d'une reconnaissance par un gouvernement de gauche d'une longue histoire souvent mal connue.

Une histoire qui a accompagné la construction républicaine. Une histoire qui a connu ses moments de ferveur (la Libération), ses ruptures (en 1959, à la création du ministère aux affaires culturelles), son canal historique et ses dissidents, ses déchirures parfois et ses échecs aussi.

Pour Christian Maurel, l’éducation populaire n’est rien de moins que la « dimension culturelle du mouvement ouvrier ».

En mai dernier, le nom du nouveau ministère a été l'occasion de railleries. Quel nom exotique, l'éducation populaire ! J’ai envie de répondre : quelle ignorance, face à cette belle singularité, cette singularité constitutive de l'identité de la France, qu’est l’éducation populaire !

De quoi parlons-nous au juste ?

Comme l'indique le titre de l’ouvrage présenté aujourd'hui, l'éducation populaire est une utopie. Mais une utopie devenue une réalité bien tangible, qui a cette faculté de se réinventer sans cesse.

Cette utopie originelle est celle de l'émancipation du peuple par la culture au sens large, par la connaissance et par l'éducation non formelle.

C'est celle de l'engagement individuel dans un projet collectif, pour retisser le lien social mis à mal par tant d'années de crise.

C'est celle du débat et de la confrontation démocratiques, quand le citoyen estime que son droit d'expression n’est pas suffisamment pris en compte.

N’ayons pas peur des mots : l'éducation populaire, c’est un rêve né en France, lié à l'universalité de nos valeurs, au premier rang desquels nous plaçons l'égalité de chaque citoyen. Et n’oublions pas que chacun, chacune, est l’acteur de cette utopie.

Dans un monde où tout se vend et tout s'achète, où la concurrence et le matérialisme dominent, l’utopie de l’éducation populaire paraît bien subversive à certains !

Subversive oui, mais salutaire surtout ! La puissance publique, l’État, a un devoir d'accompagner ce combat qu’est l’éducation populaire, parce que, tout simplement, la nature de l'homme ne se résume pas à produire et à consommer.

Le bénévole associatif, le militant, le salarié d'un mouvement d'éducation populaire, l'animateur de la vie culturelle et sociale, tous participent à l'éducation populaire.

Les stages de réalisation Jeunesse et Sports, depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, ont été les creusets de l’éducation populaire. Nombreux sont ceux qui, parmi vous, y ont participé. Les colos, les centres aérés, les camps scouts, c'est aussi de l'éducation populaire. Les bibliothèques de rue, les cinés clubs de quartier, les théâtres forums, c'est encore de l'éducation populaire. Les universités populaires, les cafés philo, les ateliers scientifiques, les clubs d'astronomie, c'est toujours de l'éducation populaire.

Cette richesse aujourd’hui continue d’évoluer, de grandir et de se réinventer.

Au fur et à mesure de mes rencontres et de mes déplacements, que ce soit avec les grandes fédérations nationales ou les petites associations de quartier, avec les agents du ministère en centrale ou en services déconcentrés, avec les élus qui sont les partenaires quotidiens de l'éduc' pop’, je me suis fixé quelques principes d'action en matière d'éducation populaire,

Tout d'abord, mon ministère, et en son sein, la sous-direction de la jeunesse et de l'éducation populaire, ont besoin de stabilité. Nous ne construirons rien de pérenne, rien de profond, rien de solide sur un sol mouvant. Or, au cours des cinq dernières années, par idéologie, les différents gouvernements, ont malmené les questions de jeunesse et d'éducation populaire, parfois dans un ministère de plein exercice, parfois rattachés à l’Éducation nationale, parfois à un Haut commissaire...

La RGPP et la Réate (réforme de l'administration territoriale de l’État, à l'origine des nouvelles directions départementales et régionales) ont malmené les organisations et les agents. Pour redonner du sens à leurs projets, à leurs missions, je souhaite garantir leur stabilité.

Cette stabilité, je l'ai souhaité également pour les ressources financières. Les crédits destinés aux subventions des associations d'éducation populaire ont été maintenus, alors qu'ils avaient diminué de 30% depuis 2007. Nous travaillons également sur les moyens réglementaires et légaux pour conforter les relations contractuelles entre la puissance publique et le monde associatif. Car la mise en concurrence et la loi du marché ne sauraient être la règle ! C'est un choix politique fort que nous rendrons concret dès 2013.

Il y a ensuite les chantiers de fonds, les réflexions en cours pour savoir quelle politique publique nous souhaitons porter en matière d'éducation populaire.

Certaines actions sont d'ores et déjà engagées. Je pense à la refondation de l'école qui fait une place plus grande aux activités périscolaires. La loi prévoit de reconnaître, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, la complémentarité des temps éducatifs, entre les temps d'apprentissage du  « socle de compétences » et les temps de découverte et d'initiation aux pratiques culturelles, artistiques, et sportives.

Les mouvements d'éducation populaire tiendront un rôle majeur dans cette refondation, car ils sont porteurs d'expertise en matière de formation, d'organisation, et de sens donné à l'action. C'est l'occasion de reconnaître aussi la place des animateurs dans la communauté éducative.

Dans ce cadre, je souhaite que les CEPJ soient partie prenante dans l'élaboration des futurs Projets éducatifs territoriaux qui associeront l’État, les collectivités territoriales et les partenaires de l'école.

Autre réforme en cours, le plan national pour le développement de l'éducation artistique et culturelle, engagée par  le ministère de la culture et de la communication, en concertation avec les ministères de l'éducation nationale et celui dont j'ai la charge. Une consultation a été menée. Les mouvements d'éducation populaire ont été auditionnés. Les conclusions seront rendues au mois de janvier.

Ce plan national vise trois objectifs, rappelés par Aurélie Filippetti lors du lancement de la concertation :

-        - faire découvrir au plus grand nombre les chefs d’œuvre de l'histoire des arts et donner accès à tous à l’éducation et patrimoniale ;

-        - permettre aux enfants de pratiquer la musique, le théâtre, les arts plastiques, à l'école et en dehors de l'école,...;

-      - faire rencontrer les élèves et les artistes, pour développer l'esprit critique, et démystifier peut être aussi l’image de l'artiste.

Voilà deux chantiers importants en cours, la refondation de l'école et l'éducation artistique et culturelle, qui, chacun à sa manière, font une place à l'éducation populaire.

D'autres viendront pour installer durablement dans le paysage des politiques publiques l'éducation populaire.

-          - une politique publique de loisirs éducatifs.

-          - une politique pour ancrer l'éducation populaire dans des territoires aujourd'hui délaissés.

-          une politique pour que la démocratie participative et citoyenne ne soit pas qu'un slogan de campagne, mais irrigue nos vies quotidiennes.

Pour mener à bien ces chantiers, j'ai besoin de vous.

L'expérience déçue de l'offre publique de réflexion de 1999 m’amène à penser que les initiatives venues des acteurs de l'éducation populaire eux-mêmes, comme celle d'aujourd'hui, auront plus de chance de réussite que les initiatives venues d'en haut.

Pour construire l'éducation populaire du XXIème siècle, découvrir de nouveaux champs, explorer de nouvelles méthodes et de nouveaux territoires, toutes les énergies sont utiles. Toutes les propositions sont les bienvenues.

Pour ma part, je mettrai toute ma force de conviction, à chaque fois que l'occasion se présentera pour que, dans cinq ans, on ne dise pas, on ne dise plus, que l'éducation populaire est un gadget pour faire plaisir à la gauche.

L'éducation populaire n'est ni de droite, ni de gauche. La différence est dans ce que nous voulons en faire et avec quels moyens.

L'éducation populaire est dans le socle philosophique de la République.

Plus que jamais, elle est en prise avec notre monde moderne ! Pour que le rêve humaniste européen ne se perde pas dans le marché, pour que notre projet républicain ne se perde pas dans les divisions de la société !

Merci de votre attention.

________

*Seul le prononcé fait foi
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