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Mardi 4 décembre 2012 tagJEUNESSE | Déplacements ministériels

Allocution de Valérie Fourneyron au conseil économique, social et environnemental sur le rapport de l'observatoire de la jeunesse et des politiques de jeunesse : "inégalités entre les jeunes sur fond de crise"

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C’est avec un réel plaisir que je clôture la première édition des rencontres de l’Observatoire de la jeunesse et des politiques de jeunesse.

Monsieur le Président du Conseil Économique, Social et Environnemental, Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Mesdames et messieurs les élus locaux,
Mesdames et messieurs les responsables associatifs,
Mesdames, Messieurs,

C’est avec un réel plaisir que je clôture la première édition des rencontres de l’Observatoire de la jeunesse et des politiques de jeunesse.

Ces rencontres sont organisées par l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire. L’Injep, établissement public de mon ministère, vient de faire paraitre le rapport « Inégalités entre jeunes sur fond de crise » à la Documentation française. Grâce notamment à ce rapport les rencontres d’aujourd’hui ont été l’occasion de débats riches et intenses.

Permettez-moi de remercier tous les acteurs présents, les intervenants et les animateurs des tables rondes, le Comité économique, social et environnemental pour son accueil et Jean- Baptiste de Foucault pour son travail de synthèse. Je tiens également à féliciter l’INJEP, son président, ses personnels et tout particulièrement son directeur, Olivier Toche.

La mise en place de l’observatoire de la jeunesse était un défi. L’Institut et ses équipes l’ont non seulement relevé mais ont également mis en œuvre avec efficacité les nouvelles missions qui leur ont été confiées :

J’en veux pour preuves ses différentes productions – aujourd’hui le rapport de l’Observatoire, il y a peu l’Atlas des jeunes en France aux éditions Autrement.
Je veux également parler de l’ouverture de son conseil d’administration aux collectivités territoriales, signe de l’articulation nouvelle à donner aux politiques de
jeunesse.

Le champ d’action de l’Injep tourné vers l'évaluation des politiques publiques et leur mise en débat est en cohérence avec la volonté de notre gouvernement d’appréhender les questions de jeunesse de manière intégrée, sur le mode du dialogue et de la co-construction.
Cette politique rapproche la France des pays européens déjà à l’origine d’initiatives semblables. Je pense à l’Allemagne, la Suède, le Luxembourg, l’Espagne, ou depuis 2009, la Commission européenne elle-même.

Lieu d’expertise et de croisement des recherches, des regards et des expériences, l’observatoire permet désormais de disposer de points de mesure régulièrement actualisés sur les évolutions de la situation des jeunes et sur les impacts des politiques publiques les concernant.

Ces indicateurs aideront à mieux appréhender les enjeux, à concevoir des réponses plus adaptées. Car le constat est aujourd’hui alarmant.

La pauvreté des jeunes s’accroît. Le taux de pauvreté des 16 – 25 ans est de moitié plus élevé que celui des plus de 25 ans. Alors que les jeunes de 16 à 29 ans ne représentent que 22% de la population active en moyenne sur l’année 2011, ils représentent 40% des chômeurs. Ces chiffres le prouvent : les inégalités intergénérationnelles sont indéniables.

Mais le rapport, dont je salue la qualité et la solide documentation, souligne une autre donnée importante : les inégalités intragénérationnelles. Il n’existe pas une jeunesse mais bien des jeunesses.

Écarts dans les conditions de vie au quotidien, écarts surtout dans les parcours scolaires et les destins sociaux, cet état des lieux souligne que les inégalités se creusent y compris entre les jeunes. Plus que jamais le diplôme est la variable majeure qui détermine les trajectoires professionnelles, sociales et conditionne les difficultés de l'entrée sur le marché du travail. Une donnée publiée dans cet ouvrage est évocatrice. Elle concerne cette fameuse promotion 2007 qui sert d'objet d'étude. Trois ans après leur entrée dans la vie active, 79% des Bac+5 sont en CDI, contre 39% pour les non-diplômés.

Les pouvoirs publics, et moi la première, seront attentifs à ces enjeux : développer les possibilités de seconde chance, valoriser les compétences des jeunes acquises hors de l’école, dans l’éducation non-formelle, l’éducation populaire, le service civique. Il faut permettre que les actions des jeunes en dehors du seul cadre scolaire, comme dans le secteur associatif soient encouragées, mieux prises en compte, qu’elles participent à l’orientation professionnelle et qu’elles constituent un tremplin.

S’il y a bien un domaine dans lequel les statistiques nous montrent une hausse qui me réjouit c’est celui de l’engagement. Dans le secteur associatif, dans le secteur sportif, ils sont de plus en plus nombreux à s’investir et à prendre des responsabilités.

Le service civique est un signe de confiance pour permettre de répondre à ce désir d’engagement, d’être utile aux autres. Au sein d'associations, de collectivités territoriales ou d'établissements publics, il ouvre une première porte vers l’engagement ou une étape supplémentaire dans un parcours d’engagement. Pour les 16-25 ans c’est est un bel outil qui permet de conjuguer la prise d’initiatives, l’implication au service de l’intérêt général et une expérience très enrichissante.

20 000 jeunes auront effectué un service civique cette année, nous passerons à 30 000 l’année prochaine avec l’idée de bien distinguer ses missions de l’emploi, assurer une plus grande mixité sociale et un pilotage collectif du dispositif.

Mais au delà des inégalités face au diplôme s'ajoutent des inégalités spatiales, des inégalités pour se déplacer, des inégalités face au logement, des inégalités dans l’accès aux soins, des inégalités face aux discriminations.

Le rapport interpelle aussi en soulignant qu’une part de ces inégalités est liée au fonctionnement de l’école, à celui des marchés du travail et du logement, à la distribution de l’offre publique sur les territoires...

Nous serons particulièrement vigilants à chaque moment où s’opèrent des bifurcations : l’orientation,

le début des carrières professionnelles,
la segmentation de l’offre des politiques publiques.

Alarmante est l’accentuation de la pauvreté chez les jeunes, et même de la grande pauvreté comme l’avaient déjà pointé les travaux de l’Observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion et les études de la FNARS, du Secours catholique. Ce point sera à l’ordre du jour de la prochaine conférence de lutte contre la pauvreté et les exclusions préparée par ma collègue Marie-Arlette Carlotti.

Au-delà, il nous faut réfléchir aux protections qu’offre l’État social aux jeunes et à l’amélioration de la sécurisation de leurs parcours. Je suis particulièrement sensible à l’enjeu de la citoyenneté sociale des jeunes. Je veux leur permettre de recourir aux droits sociaux comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire dans cette enceinte lors du vote de l’avis du CESE produit par Antoine Dulin du groupe des mouvements étudiants et des organisations de jeunesse.

Dans le rapport qui nous est présenté aujourd’hui, je retiens cinq enjeux majeurs :

  1. Permettre à tous les jeunes de se former, de choisir leur orientation et de réaliser leur

    insertion professionnelle ;

  2. Assurer la protection sociale des jeunes, en mettant fin à la superposition de

    dispositifs et adopter enfin une logique de droit commun et de citoyenneté sociale ;

  3. Favoriser l’autonomie des jeunes, leur développement et leur engagement

    personnel ;

  4. Construire un cadre protecteur, notamment pour les jeunes les plus fragilisés en

    donnant la priorité à l’éducation ;

  5. Enfin, une nouvelle gouvernance pour une stratégie jeunesse de l’État visant à

    renforcer les capacités des jeunes, à accompagner leur parcours, à leur permettre de prendre toute leur place dans la société avec les autres générations.

Que les choses soient claires : il n’y a pas une jeunesse, il y en a deux, trois, quatre, cinq... Il y a autant de situation qu’il y a de jeunes. Ne refaisons pas les erreurs du passé. Je ne vais pas commencer à découper la jeunesse en tranches pour inventer de nouveaux dispositifs ciblés.

Les constats dressés par l’observatoire nous indiquent que l’empilement actuel des mesures est inefficace. Pire, il stigmatise, il dresse nos jeunes les uns contre les autres. Mon objectif, notre objectif est bien de faire une politique pour toute la jeunesse, de restaurer la cohésion sociale, de réconcilier notre pays.

Aujourd’hui, il faut changer la manière de concevoir les politiques de jeunesse.
Trente ans de politiques publiques et autant de rapports montrent que la multiplication de
ces dispositifs est un millefeuille dont personne ne comprend l’organisation et dont l’efficacité est extrêmement douteuse.

Le « RSA jeune » l’illustre parfaitement. Voilà un dispositif qui a été pensé pour surtout ne pas être utilisé. Lors de son lancement, on estimait à 130 000 jeunes le nombre de bénéficiaires potentiels. Ils sont aujourd’hui moins de 9 000 à en bénéficier alors que la pauvreté des jeunes a progressé. Les conditions d’accès à ce minimum social sont évidemment en cause.

Ce rapport arrive aujourd’hui mais nous ne l’avons pas attendu pour agir. Près de 30% du budget de l’Etat en 2013, soit 82,5 milliards d’euros, sont consacrés aux jeunes de 3 à 30 ans. Ce budget est en hausse de 8% par rapport aux années précédentes, ce qui prouve bien que la priorité de notre action c’est la jeunesse.

Les emplois d’avenir deviennent depuis quelques jours une réalité. Ils sont un premier

élément de réponse dans cette bataille prioritaire contre le chômage des jeunes que le gouvernement mène depuis son entrée en fonction.

Pour les jeunes peu ou pas qualifiés, ils constituent une première expérience professionnelle et surtout une deuxième chance d’acquérir une formation.

Les jeunes veulent un travail, nous leur proposons une réponse qui va au-delà en prévoyant un accompagnement et un parcours individualisé pour leur permettre d’obtenir une qualification. Avec l’expérience acquise, nous parions qu’à l’issue de ces 3 ans, ils seront sur les rails d’une intégration professionnelle et sociale réussie.

En matière de logement, le blocage des loyers dans certaines zones urbaines a été décidé. Cela concerne directement les jeunes qui sont très largement locataires de ces appartements. Ces mesures ne seront pas isolées et seront suivies de bien d’autres pour permettre aux jeunes de se loger décemment.

A l’Assemblée nationale, le remboursement à 100% des contraceptifs pour les mineures de 15 à 18 ans a été adopté.

A cette liste, permettez-moi d’ajouter le recrutement de nombreux enseignants qui ont permis d’assurer la rentrée des classes.

Emploi, logement, santé, éducation, ces premières réponses se concrétisent pour la jeunesse. La jeunesse, priorité du Président de la République. La Jeunesse, priorité du quinquennat.

C’est en réponse à cette priorité que le Premier Ministre m’a confié l’organisation d’un Comité Interministériel de la Jeunesse. Il est l’outil d’une politique intégrée et cohérente de l’action publique, la première pierre d’une politique de long terme associant l’ensemble des acteurs, dont les organisations de jeunes elles-mêmes. Il se réunira, sous la présidence du Premier ministre, début 2013 et aura vocation à s’inscrire dans la durée avec une fréquence annuelle – rappelons qu’il n’y a eu que 2 CIJ en 20 ans. Nous rendrons publique notre feuille de route.

Les groupes de travail interministériels sont déjà à l’œuvre. Leur but : construire des réponses globales et travaillées collectivement ainsi dans cinq domaines primordiaux :

la trajectoire formation emploi,
l’accès aux droits sociaux,
l’engagement et l’accès aux loisirs,
la protection des jeunes les plus fragiles
et les questions de gouvernance et d’articulation de l’action publique.

Copilotés par plusieurs ministères ces groupes expérimentent une autre manière de travailler et sont l’illustration concrète que la jeunesse est un sujet mobilisant l’ensemble du gouvernement, sous l’autorité du Premier ministre, que la jeunesse est sa grande priorité. Comme ministre de la jeunesse, je suis la cheville ouvrière de cet ensemble et mon ministère est pleinement investi. Je pense aux cadres et aux agents de la direction de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative, ainsi qu’à ceux de l’Injep.

Depuis quelques semaines, j’ai rencontré la plupart de mes collègues pour construire ce Comité. Tous sont déterminés, conscients des enjeux, des espoirs suscités, et des réponses, concrètes, que nous devons absolument apporter.

Parmi ces réponses, nombreuses sont celles qui sont déjà en réflexion et qui devront être coordonnées notamment à l’occasion du CIJ

Pour l’emploi, je pense à la sécurisation des parcours, les jeunes sont les plus précaires et les moins couverts par l’indemnisation chômage, et au contrat de génération
Pour la formation
: l’accès à un droit au parcours, marqué par la possibilité d’avoir une 2è, une 3è chance qui doit être la concrétisation d’un droit à la formation tout au long de la vie pour tous.

Pour le logement : nous voulions créer un système de garantie solidaire pour les jeunes mais, en travaillant avec Cécile Duflot, il nous semble plus logique de construire un système universel. Cela permet de répondre à une situation qui ne concerne pas que les jeunes, de ne pas les stigmatiser, et de rendre le risque plus collectif.

Pour la santé : je pense à la facilitation d’accès au fonds CMU alors qu’ils y ont droit, avec Marisol Touraine, nous voulons faciliter leur accès à ce dispositif pour tous.

Pour les étudiants, je pense à l’allocation d’études dont le chantier va être ouvert par Geneviève Fioraso.
Quant à la question du RSA jeunes, elle fait partie de celles posées dans le cadre de la conférence de la pauvreté. Nous ferons le lien avec
les travaux du CIJ pour qu’une réponse cohérente soit apportée sur la question des ressources.

Voilà nos premières pistes de travail.

Les constats sont connus et partagés depuis déjà un moment. Il y a toujours lieu de les renouveler et de les préciser, la publication du rapport et les travaux d’aujourd’hui nous sont, de ce point de vue, très utiles. Ils nous rappellent qu’il est plus que temps d’agir.

Pour commencer, l’État doit reprendre la place qui est la sienne dans un domaine et des sujets sur lesquels il est attendu, et dont il était absent ces dernières années. Je pense à la transversalité et à l’articulation des politiques entre-elles. Régulièrement l’État était questionné sur son rôle, la place qu’il devait occuper. Je vous le dis aujourd’hui très tranquillement l’État revient dans le jeu. Non pour tout faire, non pour dire ce que les autres doivent faire mais oui pour prendre sa place, toute sa place. Il y a urgence, il faut agir, agir ensemble, tous ensemble.

Mon rôle, en tant que ministre chargée de la jeunesse, est d’être présente pour rassembler les réflexions, aider à fixer le cap et entrainer tout le monde dans la même direction : l’État, les partenaires sociaux, les collectivités territoriales, les associations et les organisations de jeunes.

La méthode est nouvelle. Elle prendra un peu de temps pour être totalement efficace mais, je le rappelle, nous nous inscrivons dans la durée : pour qu’en 2017, les jeunes vivent mieux qu’en 2012.

Sur la méthode encore, nous avons trop longtemps imaginé qu’il suffisait de bâtir des actions et des politiques en faveur des jeunes pour qu’elles soient satisfaisantes. Je veux également changer cela avec le principe de co-construction au cœur de la méthode. Avec les jeunes comme avec les autres acteurs.

Le Forum Français de la Jeunesse, qui réunit 19 organisations de jeunes dirigées par des jeunes, permettra de dialoguer directement avec les jeunes dans la durée. Ce n’est pas mon outil, c’est celui que les organisations de jeunes, dirigés par des jeunes, ont souhaité se donner. Je respecte leur choix en soutenant leur démarche et en faisant d’eux un interlocuteur régulier de l’État.

Car il faut bâtir les conditions d’un dialogue structuré, un dialogue qui soit à la fois pérenne et bien réel. Je m’en porte garante.

Tous les jours, je rencontre des jeunes. Je les écoute lors de mes déplacements et des moments que je partage avec eux. Dans toute leur diversité, ils me confortent dans cette conviction qu’ils ne sont en aucun cas résignés, ils ont des idées et des propositions. Samedi matin encore, j’étais à Grenoble et que ce soit à La Villeneuve, quartier populaire, ou aux Assises régionales de la jeunesse, les jeunes m’ont dit la même chose : nous avons des difficultés qu’il faut résoudre mais nous sommes là et nous pouvons agir, faites-nous confiance et ce sera déjà un grand pas.

Confrontée à bien des obstacles pour trouver toute sa place dans la société, à la mesure de son énergie et de ce qu’elle peut apporter, bien intentionnée, mais souvent sans boussole, la jeunesse ne demande qu’à se lancer et franchir le premier pas. A condition qu’on lui reconnaisse plus qu’aux autres le droit à l’erreur, le droit aux doutes.

En quête de sens dans ce qu’ils entreprennent, les jeunes revendiquent leur désir d’autonomie et ne demandent qu’à se réaliser, sans vouloir systématiquement ressembler aux générations qui les ont précédées.

Nous devons être à leur côté en ces instants déterminants pour les accompagner, valoriser leurs avancées, les rassurer sur leurs échecs et tout faire pour résoudre les situations bloquées. Nous devons créer les conditions de leurs choix, et non pas les faire à leur place en décrétant ce qui est bon pour eux.

En mai dernier, la jeunesse a voté pour une politique jeunesse ambitieuse, le gouvernement en a fait sa priorité, et nous sommes au rendez-vous.

C’est le cœur de notre défi quotidien, le cœur de notre projet gouvernemental, à la hauteur de notre ambition : redonner espoir à la jeunesse. Alors faisons lui confiance ! 

________

*Seul le prononcé fait foi
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