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Mercredi 26 septembre 2012 tagJEUNESSE | Emploi

Allocution de Valérie Fourneyron sur l'emploi des jeunes

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Allocution de Valérie Fourneyron sur l'emploi des jeunes.

Monsieur le Président du CESE,

Monsieur le Député,

Madame la Présidente de section,

Monsieur le rapporteur,

Mesdames, Messieurs,

 

Lorsqu’en juin dernier je m’étais exprimée devant vous, à l’occasion du vote de votre avis

« droits réels / droits formels : améliorer le recours aux droits sociaux des jeunes », j’avais dit que je reviendrai avec plaisir car c’est notre dialogue qui nourrit les réflexions et les décisions gouvernementales.

 

Je suis effectivement très heureuse d’être avec vous aujourd’hui pour la présentation d’un nouvel avis qui concerne les deux priorités du gouvernement : la jeunesse et l’emploi.

 

C’est le troisième avis sur les questions de jeunesse que vous adoptez en quelques mois et un quatrième est en cours sur le logement autonome des jeunes. Merci d’alimenter régulièrement la réflexion collective sur le sujet de la jeunesse, l’avenir de notre nation.

 

L’avis que votre rapporteur, Jean-Baptiste Prévost, Président du groupe des organisations étudiantes et mouvements de la jeunesse, vient de nous présenter, propose un éclairage utile au débat public, débat enfin présent dans la conduite de la politique de notre pays, et ce Palais d’Iéna y prend une large place.

Le constat exposé dans cet avis est sans appel et connu de tous : la jeunesse est plus exposée que le reste de la population active aux risques du chômage. 22,7% des jeunes sont au chômage contre 9,7% de l’ensemble de la population. Par ailleurs, 150 000 à 200 000 jeunes sortent du système éducatif sans aucun diplôme chaque année. On sait également que l’accès au logement est subordonné à des conditions économiques trop strictes, que la couverture santé est de moins en moins bonne et que de grandes inégalités de mobilité viennent s’ajouter à ces difficultés.

 

La jeunesse mérite toute notre attention, tout notre engagement, toute notre détermination.

 

Nous avons pleinement conscience que derrière tous ces chiffres, il y a des jeunes hommes et des jeunes femmes qui vivent un début de vie autonome dans des conditions délicates et construisent donc difficilement une vie stable. Sans emploi, pas de ressources. Sans ressources, pas de logement, pas de couverture santé de qualité, peu ou pas d’accès au sport et aux loisirs.

 

L’avis rappelle qu’avec le développement de la précarité, l’accès à l’indemnisation chômage est rare et le filet de sécurité que constitue le RSA, soumis à de rigoureuses conditions, est quasiment impossible à obtenir pour des jeunes. En cela votre avis est dans la continuité de celui rapporté par Antoine Dulin sur la très grande difficulté pour les jeunes d’accéder aux droits sociaux.

 

La conséquence est simple et l'Observatoire des inégalités nous l’indique très clairement : les moins de trente ans sont les plus touchés par la pauvreté : 1 jeune sur 10 contre 7,5 % de l’ensemble de la population. Les moins de trente ans représentent la moitié des personnes pauvres : 2,28 millions d’individus.

 

 

Ce constat préoccupant nous ne devons pas, nous ne pouvons pas l’ignorer.

 

Mais parallèlement, nous n’avons pas le droit de tomber dans le misérabilisme car votre rapporteur n’a pas manqué d’évoquer des points qui sonnent comme autant de paradoxes.

 

Les jeunes sont aujourd’hui plus diplômés et qualifiés que les générations précédentes. Ils disposent d’une capacité d’innovation, de création ou d’adaptation indispensables aux entreprises confrontées à des exigences de performance et de compétitivité internationale.

 

Oui, ils sont loin d’être inemployables. Et pourtant ils sont précarisés. Autre paradoxe, l’apparent décalage avec les codes de l’entreprise, conséquence d’un ancrage dans la modernité, des nouveaux modes de communication et d’une ouverture sur le monde bien plus grande que celle de leurs aînés.

 

Et pourtant, ces atouts ne suffisent pas pour enrayer ce que votre rapporteur qualifie de gâchis collectif, gâchis pour les jeunes, gâchis pour les familles, gâchis pour les entreprises, gâchis pour les salariés et gâchis pour notre société dont le potentiel humain est étouffé, découragé et précarisé.

 

Aujourd’hui, la seule réponse possible c’est celle du volontarisme politique.

 

Le Président de la République a fait de la jeunesse la grande priorité de son quinquennat. La traduction en est claire : aujourd’hui ce qui a changé, c’est la volonté du gouvernement de sortir de l’attentisme et du fatalisme. Je peux vous affirmer que tous mes collègues ministres et moi-même sommes, aux côtés du Premier ministre, mobilisés pour atteindre notre objectif. Faire en sorte que les jeunes vivent mieux en 2017 qu’en 2012.

 

Il n’y a ni angélisme, ni naïveté dans cette promesse. Nous sommes lucides sur la situation des jeunes. Et cette lucidité passe aussi par notre volonté de nuancer ce tableau si sombre de la jeunesse et de construire avec elle des perspectives positives. La faire entrer dans le droit commun des politiques, des dispositifs, en un mot de la société. Ce qui est en jeu, c’est notre capacité à bâtir un nouveau pacte générationnel.

 

 

Urgence pour l’emploi des jeunes.

 

Le gouvernement a engagé en urgence des grands chantiers prioritaires :

 

-           Le premier, porté par le Ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation Professionnelle et du Dialogue Social, et adopté au Parlement, concerne les emplois d’avenir. Ils sont destinés aux jeunes de 16 à 25 ans, sans emploi, sans qualification ou peu qualifiés, habitants de zones urbaines sensibles ou de zones d’emploi dont le taux de chômage des jeunes est supérieur à la moyenne nationale. Ce dispositif comprend un volet formation et accompagnement important. 150 000 jeunes sont directement concernés. Les premiers contrats sont prévus en novembre. La durée de l’aide accordée est comprise entre 1 et 3 ans.

-           L’emploi des jeunes a été une question centrale lors de la Grande Conférence Sociale des 9 et 10 juillet derniers. Le contrat de génération qui verra le jour début 2013 après la négociation des partenaires sociaux, favorisera le développement d’embauches des jeunes en CDI. La sécurisation des parcours professionnels viendra renforcer les dispositifs de lutte contre la précarité de l’emploi.

-           Par ailleurs, les mesures prises par le ministère en charge du logement visent tout particulièrement les jeunes : l'encadrement des loyers et la volonté de construire davantage de logements.

-           Le choix de miser sur l'éducation et notamment l'Education nationale est essentiel pour la jeunesse, avec la mise en place d'une réelle formation des enseignants et les 1000 emplois créés à la rentrée.

 

Emploi mais aussi logement, éducation, voici les réponses à l'urgence.

 

 

 

 

 

 

 

Nous sommes prêts également à engager des réformes structurelles car agir dans l’urgence ne suffit pas. Il faut aller au-delà.

 

Quand je dis que le gouvernement fait confiance à la jeunesse, cela signifie que nous faisons le pari de leur valeur et de leur réussite. La question de l’emploi, de son statut et de sa qualité est une question cruciale qu’il faut mettre au cœur des débats. Votre proposition de faire de l’emploi des jeunes un enjeu régulier du dialogue social me semble tout à fait juste.

 

Pour ma part, je serai particulièrement attentive à la question de la sécurisation des parcours : votre avis nous montre clairement que les jeunes savent répondre efficacement à l’exigence de flexibilité. Mais la question des sécurités qui leur sont offertes se pose. Les droits sociaux sont bien au cœur de la problématique.

 

Tout cela doit être partagé et inscrit dans une réflexion globale sur l’évolution de notre politique de l’emploi et de la jeunesse.

Depuis trente ans, nous le savons tous, les dispositifs et les politiques d’emploi en faveur des jeunes se succèdent.

 

Quand le chômage s’est accéléré au cours des années 70, la part des jeunes dans les demandeurs d’emplois a conduit à mettre en place les premières politiques d’emploi en leur faveur. Les politiques se sont succédées pour tenter de venir à bout de leurs difficultés en mobilisant tous les leviers : le développement de l’apprentissage, les stages, la formation professionnelle, les allègements de cotisation sociale pour les entreprises, la création d’emplois publics dans le secteur non marchand. La part des jeunes dans les demandeurs d’emplois n’a pas décru pour autant.

 

Dans les années 80, la nécessité d’une approche globale et individualisée des difficultés d’insertion a fait consensus. Ce fut l’apparition des permanences d’accueil, d’information et d’orientation (PAIO), des missions locales d’insertion (MLI). Ces dispositifs visent à informer sur les formations, les métiers, à mobiliser tous les dispositifs existants, à hiérarchiser les difficultés rencontrées, les traiter en faisant apparaître la notion de parcours et de suivi individualisé.

 

Pourtant, trente années de politique d’emploi spécifique en faveur de jeunes n’ont pas réussi à inverser la tendance. Certes, il y a convergence de vue sur l’intérêt de la formation professionnelle et de l’apprentissage mais les réponses apportées et les actions conduites ont été multiformes.

Face à cette exigence de réussite, il est nécessaire de changer de méthode.

 

Depuis que j’ai pris mes fonctions et parallèlement aux mesures d’urgence qui ont déjà été prises, je suis au travail avec les associations, les organisations de jeunes, les élus, les organisations syndicales et toutes celles et ceux qui travaillent sur les questions de jeunesse.

 

De ces discussions et de mes rencontres sur le terrain, j’ai acquis la conviction que la transformation passe par une nouvelle façon de faire, un profond changement de méthode. Il faut co-construire : Etat, collectivités locales, associations, partenaires sociaux et jeunes.

 

S’inscrire dans une dynamique interministérielle : tel est le choix du Premier ministre.

 

En faisant de la jeunesse une priorité, le Premier ministre souhaite aller bien au-delà de l’empilement de nouvelles mesures. Je l’ai dit tout à l’heure, cela fait trente ans que cela dure.

 

C’est dans cette perspective que j’ai proposé au Premier ministre de réunir au début de l’année prochaine un Comité interministériel de la jeunesse, afin de mettre en cohérence l’action du gouvernement et piloter de façon transversale une politique jeunesse globale, succédant à un empilement de dispositifs que vous avez qualifiés de mille-feuille.

 

Il s’agit de mettre en cohérence l’action de l’Etat, de fixer un cap et des points de rendez-vous annuels. Nous ne partons pas de rien.

 

 

 

 

 

 

 

Beaucoup de choses existent déjà : à nous d’identifier les initiatives qui fonctionnent et de les aider à prospérer.

 

545 expérimentations innovantes, répondant aux besoins prioritaires des jeunes dans de très nombreux domaines – dont l’emploi et l’insertion - ont été menées dans le cadre du Fonds d’expérimentation pour la jeunesse (FEJ) que mon ministère a piloté et financé. Plus de 462 000 jeunes de moins de 25 ans sur l’ensemble du territoire ont bénéficié de ces actions concernant en particulier :

-                     L’alternance,

-                     Le décrochage scolaire et universitaire,

-                     L’insertion professionnelle,

-                     L’orientation,

-                     L’autonomie financière des jeunes.

-                      

L’évaluation de ces actions reste largement à faire. Je souhaite que l’on passe de l’expérimentation à l’évaluation et de l’évaluation à l’essaimage.

 

Je vais continuer le travail de concertation engagé avec l’ensemble des acteurs et structures et mobiliserai les moyens de mon ministère dans ce but.

 

Je mettrai tous ces enseignements à disposition des autres ministères et de toutes celles et ceux qui s’y intéressent. J’y ajouterai le 1er rapport sur les inégalités entre jeunes que l’INJEP, dans sa fonction d’Observatoire de la jeunesse, établissement public sous mon autorité, présentera en décembre.

 

Et votre contribution – votre boîte à outil comme vous l’appelez – sera naturellement versée au nombre des contributions dont se servira le Gouvernement pour conduire ses chantiers.

 

Les jeunes, acteurs du changement.

 

Rien de tout cela ne sera possible sans une association étroite des jeunes à notre travail. Le changement de méthode passe aussi par le « faire avec eux » au lieu du « faire pour eux ». Leurs représentants ne cessent de me le répéter. Une des premières décisions que j’ai prise est d’accompagner la naissance du Forum Français de la Jeunesse, qui est né de la volonté des organisations de jeunes.

Nous accompagnerons ce Forum et sa montée en puissance, à l’image de ce qui se passe dans la plupart des pays européens, car nous avons besoin d’un espace indépendant mais qui travaille avec l’Etat pour porter la parole de la jeunesse. Le Forum Français de la Jeunesse participera au premier plan à la co-construction des politiques publiques. Faire confiance.

 

Une méthode interministérielle, un lien régulier avec tous les acteurs et du temps pour agir, c’est la mission que m’a confiée le Premier ministre.

 

Votre avis est indispensable aux négociations et aux chantiers à venir et en cours. Il interroge notre modèle social et sa capacité à faire face à la situation d’emploi des jeunes et lui permettre de faire entendre sa voix. Faisons nôtre cette belle phrase de Léo Lagrange : « Aux jeunes, ne traçons pas un seul chemin, ouvrons-leur toutes les routes. »
Mercredi 26 septembre 2012 tagJEUNESSE | Emploi
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