Lundi 12 novembre 2012 tagSPORTS | Dopage

Ouverture de la Conférence internationale sur l'industrie pharmaceutique et la lutte contre le dopage : nouveaux partenariats pour un sport propre

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En préambule à mon intervention, je voudrais dire l’immense honneur et le plaisir qui sont les miens, non seulement d’ouvrir ce symposium, mais surtout d’accueillir en France, à Paris, dans ces murs de l’Assemblée Nationale que je connais si bien - le cœur de la démocratie française et le cœur du débat républicain - de telles personnalités du monde sportif international, de telles personnalités politiques mondiales et européennes de premier plan, de grands décideurs de l’industrie pharmaceutique, tous unis sous une même bannière et liés par une même conviction : celle que nous ne devons jamais fléchir pour lutter contre le dopage.

Monsieur le Président du Comité International Olympique, Cher Dr Jacques Rogge
Monsieur le Président de l’Agence Mondiale Anti-dopage, Cher John Fahey

Madame la Secrétaire Générale adjointe du Conseil de l’Europe,

Monsieur le Directeur Général adjoint de l’UNESCO,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Mesdames et messieurs les présidents et directeurs des agences nationales de lutte contre le dopage,

Mesdames et messieurs les présidents et directeurs de groupes pharmaceutiques,

Monsieur le Président du Comité National Olympique et Sportif Français, cher Denis,

 

En préambule à mon intervention, je voudrais dire l’immense honneur et le plaisir qui sont les miens, non seulement d’ouvrir ce symposium, mais surtout d’accueillir en France, à Paris, dans ces murs de l’Assemblée Nationale que je connais si bien - le cœur de la démocratie française et le cœur du débat républicain - de telles personnalités du monde sportif international, de telles personnalités politiques mondiales et européennes de premier plan, de grands décideurs de l’industrie pharmaceutique, tous unis sous une même bannière et liés par une même conviction : celle que nous ne devons jamais fléchir pour lutter contre le dopage. Victor Hugo dont cette salle porte le nom disait : « la vérité est comme le soleil, elle fait tout voir et ne se laisse pas regarder ».

 

Monsieur le Président Jacques ROGGE, c’est un immense plaisir que de vous accueillir à Paris aujourd’hui, et je vous remercie de l’honneur que vous nous faites en assistant à ce tout premier symposium international dédié à la coopération entre l’industrie pharmaceutique et les autorités en charge de la lutte contre le dopage.

 

Par votre présence, vous donnez une nouvelle preuve et un nouveau témoignage de l’attachement du mouvement olympique et sportif à la lutte contre le dopage. Tout le monde dans cette salle sait ce que vous doit et ce que doit au CIO la lutte internationale contre ce fléau, et je souhaitais, au nom de la France, vous en remercier une nouvelle fois.

 

La lutte contre le dopage doit également beaucoup à deux autres entités représentées ce matin ici à mes côtés :

 

-          Monsieur ENGIDA, l’UNESCO a fait de la lutte contre le dopage un des piliers de sa politique sportive, une politique déployée à travers le monde pour servir la noble cause de l’éducation et de la culture.

Son cap : la charte internationale de l'éducation physique et du sport de 1978 de l’UNESCO, amendée en 1991. En 2005, ces efforts, associés à d’autres, ont permis d’aboutir à cette Convention internationale contre le dopage dans le sport, qui est notre socle commun.

 

-          Nous ne pouvons non plus oublier, et je me tourne vers Madame Gabriella BATTAINI-DRAGONI, le rôle déterminant joué par le Conseil de l’Europe dans le combat qui est le nôtre.

Historiquement, le dopage a été la première préoccupation du Conseil de l’Europe en matière de sport puisque, dès 1967, le Comité des Ministres a produit le premier instrument légal international contre le dopage des athlètes. Depuis vous n’avez cessé de consolider votre engagement dans ce combat.

 

C’est donc bien une même détermination historique à vaincre le dopage qui est le fil rouge de notre présence aujourd’hui dans cette salle. Les prises de positions du CIO, de l’UNESCO, du Conseil de l’Europe, de nombreux gouvernements et entités internationales ont permis la mise en place de  l’Agence Mondiale Antidopage, présidée par M. John FAHEY ici présent. Cette agence nous l’avons tous souhaitée ; nous l’avons appelée de nos vœux et nous avons contribué à en façonner les contours. Celles et ceux, et ils sont nombreux dans cette salle, qui avaient déjà des responsabilités dans la lutte contre le dopage en 1999, se rappellent de la difficulté que cela a représenté. Il a fallu vaincre des réticences, des doutes, des suspicions. Mais nous sommes allés jusqu’au bout.

 

Aujourd’hui, nous pouvons être fiers de ce qui a été fait. Nous pouvons être fiers de ce qui est fait. J’ai envie de dire que l’actualité brûlante nous a démontré, au cours des semaines passées, que le dopage et ceux qui l’ont érigé en système, ont trouvé à qui parler.

 

Il est évident que nous ne pourrons éviter, à l’occasion de ce symposium, de revenir plusieurs fois sur l’affaire Armstrong et les enseignements que nous devons tous en tirer. J’aimerais à ce titre saluer la présence de Monsieur Travis TYGART, Président de l’agence américaine antidopage, qui est ce matin avec nous dans cette salle. Car ce qu’il a réalisé est exceptionnel, n’ayons pas peur des mots. Par son professionnalisme, par sa volonté, par son attachement à faire triompher la vérité, par son exigence et son intégrité, il a fait tomber celui qui prétendait être le plus grand cycliste du monde, mais qui n’était en fait que le plus grand tricheur.

 

C’est la preuve absolue pour ceux qui en doutaient encore qu’il n’y aura jamais d’impunité dans le dopage, que la vérité finira par rattraper ceux qui bafouent l’esprit même du sport : la sincérité des résultats.


 

 

Il reste néanmoins beaucoup à faire. Je le disais à l’instant : l’affaire Armstrong et son dénouement à rebondissements doivent nous permettre de tirer des enseignements et nous obligent à réfléchir collectivement aux moyens d’améliorer encore nos outils pour lutter contre le dopage. Rien n’est jamais acquis. Dans le domaine de la lutte contre le dopage, peut-être encore moins qu’ailleurs.

 

Ce symposium - un projet collectif à l’initiative de l’AMA, du ministère des sports de la France, de l’Unesco et du Conseil de l’Europe – est une parfaite illustration que cette volonté est partagée et que nous nous donnons les moyens d’avancer et de progresser tous ensemble.

 

Cette manifestation est en effet, je crois, une première mondiale dans l’histoire de la lutte contre le dopage : à la fois par le thème choisi, mais aussi par le caractère international de l’initiative. Il convient en conséquence de l’inscrire dans une perspective porteuse d’espoir pour l’ensemble des partenaires réunis ici, en donnant une impulsion forte et concrète à cette belle coopération.

 

Ce symposium doit être un moment fort pour faire prendre conscience à tous de l’impérieuse nécessité d’une collaboration le plus en amont possible entre l’industrie pharmaceutique et les autorités de lutte contre le dopage ; l’AMA a déjà signé une déclaration commune sur la coopération dans la lutte contre le dopage dans le sport avec la Fédération Internationale de l’industrie du médicament en juillet 2010. Il faut continuer en ce sens.

 

La mise en œuvre concrète et effective d’un tel dispositif collaboratif est un sujet aussi important que complexe à réaliser. Il me semble que cet objectif doit reposer sur un intérêt partagé. Chaque partie prenante doit pouvoir en retirer des motifs de satisfaction. Les autorités en charge de la lutte contre le dopage doivent en retirer des moyens plus performants et plus réactifs afin d’identifier les substances ou méthodes dopantes aujourd’hui très difficiles à repérer. L’industrie pharmaceutique doit valoriser son engagement dans cette coopération par une démarche qualité apportant des réponses vertueuses en matière de santé publique et d’éthique.

 

Oui, la politique efficace de lutte contre le dopage que nous appelons de nos vœux doit reposer sur 3 piliers principaux :

 

 

1.      Un soutien sans faille à la lutte contre les trafics (à travers la surveillance des réseaux, et d’Internet …) et un soutien à toute stratégie améliorant l’efficacité des contrôles, en confortant leur caractère véritablement inopiné.

 

2.      Une collaboration étroite avec l’industrie pharmaceutique afin d’anticiper la mise sur le marché de molécules potentiellement dopantes et la mise au point des méthodes de détection correspondantes. Une telle coopération nécessite une stricte politique de confidentialité mais aussi, de la part des scientifiques industriels, une bonne connaissance des fondements physiologiques et biologiques qui sous-tendent la réalisation d’une performance physique donnée.


 

 

Notre présence à tous dans cette salle montre que cette démarche est réalisable avec les grands groupes pharmaceutiques. Mais nous devons également penser aux petits laboratoires disséminés dans le monde et aux laboratoires de biotechnologie, difficilement identifiables, pour lesquels le souci de confidentialité est maximum et qui doivent pourtant être associés à nos travaux.

 

3.      Enfin, la lutte contre le dopage doit comprendre l’adossement structuré des laboratoires de détection du dopage au monde scientifique, afin de leur permettre d’accéder aux méthodes d’analyses les plus performantes, notamment dans le domaine du génie génétique et dans celui des techniques à haut débit. Là encore, de tels liens restent aujourd’hui à inventer, en ayant à cœur de préserver la confidentialité et l’indépendance des uns et des autres dans le cadre de leur mission.

 

De notre capacité collective à apporter des réponses satisfaisantes à l’ensemble de ces questions, dépendra l’ampleur et le rythme des avancées en matière de coopération entre des partenaires qui doivent conjuguer des intérêts particuliers et collectifs. Je suis convaincue que nous pourrons trouver des réponses positives, et que ce symposium, le symposium de Paris, constituera une étape fondatrice pour la mise en rapport de deux mondes qui n’ont pas toujours l’habitude de travailler ensemble mais dont l’association sera clé pour façonner et imposer un sport plus propre à l’avenir.

 

« Celui qui accepte le mal sans lutter contre lui coopère avec lui » a dit Martin Luther King. Nous ne pouvons pas permettre qu’on dise que tout n’a pas été fait pour lutter contre le dopage, que tous les moyens n’ont pas été mis en place, que toutes les solutions n’ont pas été essayées.

 

En France, et je sais que cet exemple sera cité et développé, nous avons eu un exemple fort de coopération effective entre les autorités en charge de la lutte contre le dopage et l'industrie pharmaceutique. Et nous avons pu en mesurer les résultats. Je veux parler de la mise sur le marché de l'EPO de 3ème génération (CERA) qui a permis en 2008 de mettre en place un test ad hoc lors du Tour de France 2008. C’est un exemple probant qui peut, je le crois, servir de référence à la collaboration que nous souhaitons tous dans cette salle.

 

Collaboration, concertation, union des efforts, voilà les mots clés de cette rencontre.

 

Vous le savez peut-être, je suis extrêmement concernée par le sujet du dopage. De par ma formation comme médecin du sport, de par l’exercice de mes fonctions auprès d’équipes sportives professionnelles, de par mon travail passé et actuel au Ministère des sports, de par mon engagement politique au niveau local puis au niveau national.

 

Aujourd’hui, avec la confiance que le Conseil de l’Europe m’a accordée en me désignant comme sa représentante au Comité Exécutif de l’AMA, et si cette désignation est bien entérinée par l’AMA, je porterai ses convictions au niveau international. Celles qui me font penser qu’on ne peut pas, qu’on ne doit pas transiger avec le dopage, et qu’il faut continuer, sans discontinuer, à travailler non pas contre le sportif mais pour les sportifs.

 

Car n’oublions que derrière celui qui se dope, il y a une personne qui met sa santé en péril.

 

Il faut impérativement, avec l’AMA, avec les Agences nationales de lutte contre le dopage, aider les fédérations dans leur lutte contre ce fléau. Il est toujours difficile et compliqué à la fois de promouvoir un sport et de devoir le contrôler. Il est toujours délicat d’être en même temps juge et parti. Et ce n’est pas faire injure au mouvement sportif, bien au contraire, de lui dire qu’il doit travailler encore plus conjointement avec les agences indépendantes et s’appuyer sur leur expertise, pour préserver la sincérité des résultats.

 

L’entourage des sportifs doit également avoir pleinement conscience de ses responsabilités. Je pense aux équipes médicales, aux directeurs sportifs… Ils font un travail phénoménal dans l’accompagnement des sportifs de haut-niveau. Mais, en matière de dopage d’un athlète, leur responsabilité ne peut être ignorée. Pour eux non plus, il n’y aura pas d’impunité. Le non-intéressement aux résultats sportifs me semble être la seule option pour espérer éradiquer les influences néfastes qui font que certains cèdent aux sirènes du dopage.

 

Sur ces sujets, je pourrai parler longtemps, mais les intervenants sont nombreux aujourd’hui. Je vais donc avec grand plaisir céder la parole aux autres organisateurs de cet événement puis bien sûr au Président Rogge.

 

Mais je ne peux m’empêcher de citer pour conclure cette phrase de d’Alembert dans une lettre à Voltaire qui révèle parfaitement mon état d’esprit : « A quoi servirait-il d'avoir tant d'honnêtes gens dans le ministère si les gredins triomphent encore ? »


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*Seul le prononcé fait foi

Lundi 12 novembre 2012 tagSPORTS | Dopage
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