Mardi 30 octobre 2012 tagJEUNESSE | Déplacements ministériels

Allocution de Valérie Fourneyron au Congrés national des conseils d’enfants et de jeunes - organisé par l’ANACEJ

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Monsieur le Président, Cher Gilles Pargneaux,
Monsieur le Maire,
Mesdames, Messieurs les Vice-Présidents de Régions et de Départements,
Mesdames, Messieurs les responsables associatifs,
Mesdames, Messieurs les Directeurs régionaux et départementaux,
Mesdames, Messieurs,

A votre image et comme j’ai pu le confirmer lors de mes nombreuses rencontres avec des responsables associatifs, des élus locaux et des représentants des organisations de jeunes, tous regrettent que, ces trente dernières années, la jeunesse ait été considérée sous l’angle unique de dispositifs spécifiques, inadaptés, souvent moins favorables que le droit commun.

Je salue cette démarche qui vous a conduits à rencontrer pendant la campagne l’actuel Premier ministre ainsi que le Président de la République, qui, croyez moi, s’en rappellent.

La jeunesse était la priorité de cette campagne, elle est aujourd’hui la priorité du quinquennat.

Une priorité qui ne se veut ni larmoyante ni stigmatisante, une priorité formulée sous le signe de la confiance et de l’espoir. Bien sûr les constats sur la situation des jeunes sont préoccupants et les indicateurs au rouge. Vous les connaissez aussi bien que moi. Mais nous ne construirons rien sur le désespoir et les angoisses. Pour ma part je souhaite que nous inscrivions notre action dans une dynamique positive basée sur la confiance. La jeunesse a des espoirs et des désirs. La jeunesse s’engage et agit contre les discriminations et les inégalités, pour l’intérêt général et plus de citoyenneté.

Ce que j’ai vu ici ce matin, tous ces jeunes engagés, me conforte dans l’idée que notre jeunesse est en marche. Elle n’attend pas qu’on vienne la tirer par la main pour l’emmener avec nous. Au contraire, c’est à nous de la suivre et d’être entrainés.

Depuis que nous sommes en responsabilité, nous avons déjà fait beaucoup pour la priorité jeunesse. D’abord, la première loi qui a été votée par l’Assemblée nationale est symbolique : je veux parler de la loi sur les emplois d’avenir. Elle permet aux jeunes les moins qualifiés d’intégrer un parcours de réussite grâce à une expérience professionnelle couplée à une formation qualifiante. L’objectif de 150 000 jeunes en emploi d’avenir est ambitieux. Pour l’atteindre, il faudra la mobilisation de tous :
• De l’Etat et ses services,
• Du service public de l’emploi et des missions locales,
• Des collectivités locales comme les vôtres,
• Des entreprises publiques,
• et des associations.

Aujourd’hui, c’est le top départ de cette belle ambition, le Premier ministre signera cet après-midi une trentaine de conventions qui marqueront l’engagement de tous les acteurs que je viens d’évoquer.

Sur le front de l’emploi, le contrat de génération est en cours de négociation, tout comme la sécurisation des parcours. Les emplois francs ont également été annoncés.

Sur les questions de logement, nous avons souhaité bloquer les loyers dans certaines zones urbaines. Cela concerne directement les jeunes qui sont très largement locataires de ces appartements. Là-aussi ce n’est pas la seule mesure, d’autres sont en train d’être bâties pour permettre aux jeunes de se loger décemment.

La semaine dernière, une autre mesure importante a été prise à l’Assemblée nationale : le remboursement à 100% des contraceptifs pour les mineures de 15 à 18 ans, ainsi que la gratuité de l’IVG pour toutes les femmes. A cette liste, permettez-moi d’ajouter le recrutement d’enseignants pour assurer la rentrée des classes. Emploi, logement, santé, éducation, voilà des chantiers que nous avions annoncés vouloir mener, voilà des chantiers qui se concrétisent chaque jour pour la jeunesse.

C’était l’urgence, nous l’avons fait. Désormais, il faut travailler plus en profondeur et s’inscrire dans la durée. Derrière l’idée du big-bang, je retiens la transformation réelle de l’action publique en une action plus efficace dans la réponse aux besoins des jeunes et la traduction concrète de la confiance que nous leur accordons. Mais le big-bang ne se décrète pas. C’est une construction qui prendra du temps. Il faut tout à la fois détricoter ce qui a été mal fait, tout en dressant des ponts entre des secteurs qui ne communiquent pas encore.

A la demande du Premier ministre, je coordonne la préparation d’un Comité interministériel de la jeunesse. Ce comité a pour objectif de mettre en cohérence l’action de l’Etat et de veiller à ce que la jeunesse soit toujours au cœur des politiques publiques.

C’est un travail souterrain qui démarre et dont nous verrons les premiers effets lors de la réunion de ce comité, début 2013. D’ici là, plusieurs groupes de travail sont déjà l’œuvre et pour avoir échangé avec la plupart des membres du gouvernement, je suis plutôt optimiste quant au rendu final. Nous ne partons pas de rien :
• nous devons nous imprégner des résultats des expérimentations menées dans le cadre du Fond d’expérimentation pour la jeunesse ;
• nous connaissons les nombreuses actions innovantes menées sur les territoires par les régions, les départements, les intercommunalités, les villes et les associations.

Cette phase préparatoire est importante : c’est la première pierre qui nous permettra d’inscrire notre action de transformation dans la durée.

Parallèlement à ce travail, le chantier de l’acte III de la décentralisation s’est également ouvert, et je sais que vous y êtes particulièrement attentifs. Il y a un double enjeu sur les actions jeunesse :
• d’abord, il y a à retrouver une pleine capacité, pour l’ensemble des collectivités, à agir. Le précédent gouvernement avait fait le choix de remettre en cause, pour les régions et les départements, la clause générale de compétence, nous la rétablirons. Mais agir sans moyen n’aurait pas de sens, les financements croisés seront donc réinterrogés. La question de la cohérence est aussi valable pour le territoire. A l’Anacej, vous êtes favorables à la mise en place d’un chef de file parmi les collectivités. Les textes en préparation pourraient le permettre. Pourquoi ne pas expérimenter cette possibilité sur quelques territoires ?
• A cet enjeu du rôle des collectivités, il faut ajouter celui de l’Etat. Fortement questionné depuis une dizaine d’années mais absent des débats, l’Etat doit retrouver une place. Une place de régulateur, une place de conseil mais aussi une place d’acteur, au plus près du territoire. Les services de l’Etat ont subi de plein fouet des changements qui ont bousculé ses agents et déboussolé ses partenaires. Vous avez perdu des interlocuteurs et vous peinez à en retrouver. Il faut donc retisser des liens de confiance entre l’Etat, garant de l’équité entre les territoires, les collectivités et les acteurs locaux. Comme je l’ai indiqué devant mes services, dans le champ de la jeunesse, il convient de développer une approche interministérielle visant l’animation transversale des politiques de jeunesse. Je ne vous cache pas que sur ce sujet, peut-être plus que sur d’autres, ma réflexion est loin d’être aboutie sur l’organisation la plus pertinente à mettre en place. La dimension éducative de ce ministère et les enjeux auxquels il doit répondre, inviteraient plutôt au maintien de missions et d’une organisation départementales qui garantissent un service public de proximité.

Pour réussir, il faut agir et s’inspirer de ce qui fonctionne. Les politiques locales de jeunesse ont fortement progressé ces dernières années, dans leur contenu mais aussi dans la coopération entre les acteurs. Ce qui est fait en Pays de la Loire, en Champagne Ardenne ou en Bretagne sont évidement sources d’inspiration. L’Etat doit observer et doit aussi agir pour que les politiques jeunesse déjà imaginées au niveau local s’inscrivent dans une démarche globale sur l’ensemble du territoire. L’idée des schémas co-construits m’intéresse, si derrière la transformation est effective. Nous avons beaucoup à gagner à travailler sur des stratégies de moyen terme. Nous avons autant à gagner à les conduire ensemble.

Instaurer des relations de confiance, c’est aussi changer de méthode avec les jeunes eux-mêmes. Trop longtemps, nous avons estimé qu’il suffisait d’imaginer des actions et des politiques en leur faveur pour qu’elles soient satisfaisantes. Ce n’est pas à vous que j’apprendrai qu’elles sont encore meilleures quand nous les construisons avec eux. Les collectivités ont là-dessus un temps d’avance. Depuis plus de trente ans, vous innovez, c’est donc à nous d’apprendre et de nous en inspirer.

Mon souhait n’est pas, comme cela a pu être le cas par le passé, de choisir mes interlocuteurs mais de travailler avec ceux qui sont en place. Les organisations de jeunes ont décidé de se rassembler au sein du Forum Français de la Jeunesse, un espace pluraliste. Ce Forum comporte aujourd’hui 19 organisations de jeunes dirigées par des jeunes, répartis en 4 collèges : partisan, étudiant, lycéen et associatif. Je soutiens cette démarche car elle me semble s’inscrire dans une logique de dialogue avec les pouvoirs publics et de responsabilisation des acteurs.

Le gouvernement est très clair sur son souhait de travailler avec les corps intermédiaires. Je souhaite faire de même avec la jeunesse. J’ajoute que c’est dans la droite ligne de ce que nos voisins européens pratiquent. Ce Forum est tout jeune, il faut l’aider à grandir, lui permettre d’accueillir de nouveaux membres sans le fragiliser ni l’instrumentaliser.

Je veux créer cette confiance nécessaire qui nous permettra de travailler intelligemment ensemble. Dès juin, j’ai demandé à l’Injep d’accompagner cette démarche en permettant au Forum d’accéder aux nombreux travaux de cet Institut, Observatoire de la jeunesse placé sous ma tutelle. C’est une première étape. Il faudra probablement réussir à articuler ce Forum avec les démarches locales qui peuvent exister et qui, pour beaucoup, ont un lien avec votre association. Il nous faudra aussi accompagner le développement et la structuration des organisations de jeunes existantes, et l’émergence de nouveaux réseaux pour renforcer la diversité présente. Avec le temps, cette relation produira des effets : sur nos manières de fonctionner, sur nos structures administratives, sur nos décisions et donc sur les politiques menées. Tel est mon objectif et je suis sûre que vous ne manquerez pas une occasion de me le rappeler. Je vous le disais en introduction : mon souhait est d’inscrire clairement mon action dans une dynamique d’espoir et de confiance. Etape par étape, nous pouvons réussir à ouvrir un chemin, à proposer une voie qui permette aux nouvelles générations de vivre dans de bien meilleures conditions à l’avenir, et de construire leur parcours avec le maximum d’options possibles. Répondre aux besoins, accompagner les aspirations, tels sont les préalables à la confiance accordée par les jeunes à l’action publique et aux institutions. Notre pays a trop souvent stigmatisé les jeunes ou, pire encore, les a ignorés.

Or, si les jeunes incarnent l’avenir, ils sont avant tout les acteurs du présent. Un présent qui mérite donc toute notre attention et notre bienveillance.

Je ne souhaite pas juger mais construire. Je ne souhaite pas me résigner mais espérer. Et tout cela avec eux et avec vous.

________

*Seul le prononcé fait foi
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