Jeudi 11 octobre 2012 tagSPORTS | Dopage

Discours de Valérie Fourneyron au conseil de l'Europe

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Mercredi 10 octobre, Valérie Fourneyron s'est rendue au conseil de l'Europe où elle est intervenue pour parler de la lutte contre le dopage.

Madame la Présidente,

Monsieur le Secrétaire Général,

Monsieur le Ministre,

Monsieur le Président du CAHAMA,

Mesdames et Messieurs les ambassadeurs

 

C’est un honneur pour moi d’être présente ici pour la première fois, à Strasbourg, devant les représentants des 47 pays membres du Conseil de l’Europe.

 

Depuis sa création en 1949, le Conseil de l’Europe a su jouer un rôle moteur dans la détermination de la politique sportive européenne, pour la défense des valeurs du sport et, plus globalement, pour l’utilisation du sport comme outil de promotion des idéaux européens que sont la démocratie, la défense des droits de l’Homme et la prééminence du droit.

 

Forte de ces principes, votre instance a toujours été en première ligne pour lutter contre le fléau du dopage. Historiquement, le dopage a d’ailleurs été la première préoccupation du Conseil de l’Europe en matière de sport puisque, dès 1967, le Comité des Ministres a produit le premier instrument légal international contre le dopage des athlètes. Depuis vous n’avez cessé de consolider votre engagement dans ce combat.

 

C’est donc avec beaucoup d’humilité et un grand sens de la mission dont je suis désormais investie que je me présente devant vous aujourd’hui, puisque vous m’avez fait l’honneur de me désigner votre représentante au Comité exécutif de l’Agence Mondiale Antidopage.

 

Je vous remercie de votre confiance et je tiens à vous dire que j’exercerai ce mandat avec conviction, avec dévouement, avec responsabilité et avec fermeté.

 

 

Le dopage est au cœur de mon parcours personnel

 

La lutte contre le dopage est un engagement que je porte depuis plus de 25 ans. De par ma formation de médecin du sport, j’ai très vite été confrontée à la réalité du dopage. Confrontation également vécue à travers ma pratique sportive au haut-niveau en volleyball, et à travers l’exercice de ma profession auprès de nombreux sportifs amateurs et équipes professionnelles.

 

Avant même le début de mes engagements politiques, j’ai participé, au sein du ministère dont j’ai la charge aujourd’hui, comme chef du bureau médical, à la co-rédaction de la première loi française d’importance sur le dopage en 1989. Pour la première fois, la loi ne se contentait pas de traiter la seule dimension pénale de la problématique du dopage. Elle est allée au-delà de l’angle juridique, pour prendre en compte la dimension sportive et la dimension santé publique.

 

Dix ans plus tard, j’ai participé au groupe interministériel qui a conduit à faire évoluer le dispositif législatif français. Ce groupe de travail fait partie de ceux qui ont alimenté la réflexion internationale ayant présidé à la mise en place de l’AMA.

 

Enfin, en tant que députée à l’Assemblée nationale, j’ai pris position à de nombreuses reprises sur ce sujet, animée par une seule et même conviction : on ne doit pas transiger avec le dopage.

Forte de ce principe, de l’expérience acquise, et de la fonction que j’occupe actuellement en tant que ministre en charge des sports, de la jeunesse, de l’éducation populaire et de la vie associative de la République française, je suis plus que jamais déterminée à lutter, dans mon pays comme au niveau international.

Si j’attache autant d’importance à ce combat, ce n’est pas par dogmatisme. C’est d’abord et avant tout par amour du sport. Je suis passionnée par les compétitions, je suis passionnée par les résultats sportifs, je suis passionnée à chaque fois que je me retrouve dans un stade, dans une salle, dans une enceinte sportive. Et la tricherie n’est pas compatible avec cette passion, la triche n’est pas compatible avec l’idée que je me fais du sport.

 

L’image que j’ai du sport, c’est le sportif qui s’entraîne, le sportif qui lutte contre lui-même pendant plusieurs années, pour, le jour de la compétition, dépasser ses propres limites. Les dépasser par l’envie, les dépasser par le courage, les dépasser par l’abnégation, pas par la chimie, pas grâce aux médicaments, pas en trichant.

 

Au-delà de cet attachement profond au sport, j’ai également le souci de respecter le serment que j’ai prêté en devenant médecin : celui de protéger la santé de mes semblables. En tant que praticienne, j’ai appris que le dopage n’est pas qu’un problème du sport de haut-niveau. C’est un problème de santé publique. Il trouve racine dans ce mal courant de nos sociétés modernes qui veut nous faire croire que le médicament peut tout.

 

Je n’oublie jamais qu’il faut prendre en compte la santé des jeunes sportifs. Derrière l’athlète qui se dope, il y a un homme ou une femme qui met en danger sa santé en prenant des substances dont les effets à terme sur l’organisme ne peuvent être que négatifs. Le dopage est aussi un problème d’éducation à la base.

 

Il faut punir celui qui triche, mais il faut aussi l’informer, le prévenir et le protéger des risques sanitaires qu’il encourt.

 

Le dopage est mortel pour le sport. Il peut aussi l’être pour les sportifs, ne l’oublions pas.

 

Lutter contre le dopage, ce n’est pas lutter contre les sportifs mais pour les sportifs. C’est lutter pour préserver l’authenticité de leur performance, c’est lutter pour préserver la beauté de leurs exploits, c’est lutter pour préserver leur santé d’hommes et de femmes.

 

C’est parce que je porte l’ensemble de ces convictions, c’est parce que mon parcours personnel a été façonné par la lutte contre le dopage, qu’avoir été désignée votre représentante au comité exécutif de l’AMA représente tant pour moi. Et c’est pour cette raison que je souhaite travailler dans un esprit de partenariat avec vous tous.

 

 

Je veux que cette désignation comme le point de départ d’un partenariat

 

Je l’ai rappelé brièvement en introduction mais je souhaite y revenir à présent. Le Conseil de l’Europe a eu un rôle déterminant dans la lutte contre le dopage.

 

Dès l’article 1 de la Charte européenne du Sport, on sent que cette prise de conscience a été plus aigue au sein de cette instance que partout ailleurs. Le but de  la charte est énoncé ainsi : « protéger et développer les bases morales et éthiques du sport, ainsi que la dignité humaine et la sécurité de ceux qui participent à des activités sportives, en protégeant le sport, les sportifs et les sportives de toute exploitation à des fins politiques, commerciales et financières, et de pratiques abusives et avilissantes, y compris l'abus de drogues ».

 

En mars 1990, le Conseil s‘est doté d’outils lui permettant de lutter activement contre le dopage, avec la Convention contre le dopage.

 

Dans le préambule de cette convention, le Conseil de l’Europe pose toutes les bases de ce qui constitue encore aujourd’hui la ligne directrice de notre action. Les Etats membres se disent : « Préoccupés pas l’emploi de plus en plus répandu de produits et de méthode de dopage parmi les sportifs dans l’ensemble du sport et par ses conséquences pour la santé des pratiquants et pour l’avenir du sport ».

 

La convention a marqué une avancée décisive. Elle a facilité l’harmonisation, aux niveaux national et international, des mesures à prendre pour lutter contre le dopage. Sans prétendre à créer un modèle uniforme de lutte contre le dopage, dans le respect des particularismes nationaux, elle a établi des normes et des règles communes engageant les Etats parties à adopter des mesures législatives, financières, techniques, scientifiques, éducatives pour lutter efficacement contre ce fléau. Elle a servi de cadre commun à la politique spécifique de chaque pays de manière à ce que les athlètes soient soumis aux mêmes procédures, quel que soit le pays qu’ils représentent.

 

En 2003, le Groupe de suivi a été complété par le Forum européen de coordination pour l’Agence mondiale antidopage (CAHAMA), visant à harmoniser les politiques des gouvernements européens dans la lignée de l’Agence mondiale antidopage (AMA).

 

C’est cette mobilisation constante qui fait du Conseil de l’Europe une institution motrice dans la lutte contre le dopage.

 

Devenue aujourd’hui l’une de vos porte-parole sur la scène internationale pour porter ce message, j’entends vous représenter avec toute la force et la conviction qui s’imposent.

 

Pour cela, je vous propose de travailler ensemble et de mettre notre énergie en commun, pour donner toute sa portée, toute sa lisibilité, toute sa puissance à la voix unie de l’Europe en matière de lutte contre le dopage.

 

Nous sommes 47 pays, avec des cultures distinctes, avec des législations différentes, mais nous devons réussir le défi de parler d’une seule et même voix sur la scène internationale. Cette voix, c’est celle de l’efficacité et de l’intransigeance. Dans nos pays, les organisations du sport ne sont pas identiques, l’organisation de la lutte contre le dopage n’est pas la même, les moyens consacrés au sport varient, mais nous partageons des valeurs et des convictions fortes, qui nous réunissent ici, et dont je m’engage à être le messager au sein de l’AMA.

 

Réussir ce challenge exige que nous travaillions dans un esprit de dialogue et de transparence.

 

Pour cela, sur chacune des positions que je serai amenée à porter au sein de l’AMA, je m’engage à vous consulter et à établir une concertation préalable. C’est grâce à vous, grâce à votre travail, en agglomérant les contributions de chacun et en m’inspirant de vos idées que je pourrai vous représenter utilement.

 

De même, je m’engage à rendre compte au CAHAMA de chacune des discussions qui se tiendront au comité exécutif de l’AMA, en toute transparence. Je consulterai également régulièrement mon homologue russe, Pavel KOLOBKOV. Nous avons pu apprécier, lors de notre rencontre de ce jour, nos convictions communes. Nous porterons des positions concertées.

 

C’est seulement ainsi que la voix de l’Europe sera forte, sera claire, sera crédible et continuera d’être pionnière.

 

Dans ma lettre de candidature, je vous avais écrit que je saurai me rendre disponible pour vous représenter, vous écouter et faire progresser une cause qui me tient à cœur et a été la colonne vertébrale de mon parcours personnel, professionnel et politique.

 

C’est ce partenariat que je vous propose aujourd’hui pour exercer la responsabilité que vous m’avez confiée.

 

 

Je considère enfin cette désignation comme une lourde responsabilité

 

Le but de la Convention du Conseil de l’Europe est limpide : « la réduction et, à terme, l’élimination du dopage dans le sport »…

 

Le but de l’AMA, édicté dans le code mondial anti-dopage, n’est pas moins ambitieux « Protéger le droit fondamental des sportifs de participer à des activités sportives exemptes de dopage, promouvoir la santé et garantir ainsi aux sportifs du monde entier l’équité et l’égalité dans le sport ».

 

Les objectifs sont élevés et les responsabilités sont grandes. Au moins sont-elles partagées.

 

Aujourd’hui, nous avons progressé dans les moyens que nous pouvons mobiliser pour lutter contre le dopage. Pourtant, sommes-nous sûrs que la pratique du dopage a diminué ?

 

Parce que le sport s’est encore plus professionnalisé,

Parce que les enjeux se sont encore démultipliés,

Parce que les intérêts financiers sont de plus en plus élevés,

Parce que la science continue ses progrès, autant pour mieux soigner, pour mieux prévenir, que malheureusement, pour mieux tricher.

 

Face à ce constat, nous savons que nous ne devons pas baisser les bras.

 

La réponse est « non » bien sûr. Mais ce « non » ne pourra s’incarner que si, à l’échelle du continent et à l’échelle du monde, nous prenons nos responsabilités.

 

Ne nous le cachons pas, tout ne fonctionne pas. Il y a des débats entre nous, et des débats légitimes. De vraies questions se posent que nous devons trancher.

 

Peut-on se satisfaire d’une lutte contre le dopage qui sanctionne davantage un sportif pour des problèmes de localisation (le fameux ‘no show’) ou pour une prise de cannabis, mais qui en laisse d’autres améliorer illégalement leurs performances en toute impunité ?

 

Il nous appartient de trouver les bons équilibres.  Nous avons une fenêtre d’opportunité pour cela : la révision du code mondial anti-dopage.

 

L’Europe doit être présente sur ce débat dès maintenant et peser dans la définition des outils qui en découleront.

 

Un autre sujet mérite notre attention : c’est le projet de règlement européen sur la protection des données personnelles. Ce projet élaboré avec un objectif majeur, celui de protéger les libertés individuelles de chacun de nos concitoyens, a, par effet collatéral, des conséquences sur le sujet du dopage. En effet, tel que rédigé aujourd’hui, l’article 7.4 pourrait remettre en cause le fonctionnement de la lutte internationale antidopage, qui repose sur un échange d’informations entre les organisations nationales antidopage et l’AMA, en liaison étroite avec les fédérations internationales.

 

Nous devons nous mobiliser pour préserver ces outils essentiels.

 

Et puis, je pense qu’il est impératif que les sportifs eux-mêmes soient davantage associés à nos efforts pour éradiquer le dopage. Sachons leur faire confiance : l’athlète citoyen, libre et responsable, doit se substituer à l'athlète éprouvette, coupé des réalités économiques et sociales de son environnement.

 

A les ignorer, nous prenons le risque que le sport ne soit plus qu’un produit marchand dont la marchandise serait le sportif.

 

En matière de lutte contre le dopage, nous devons réfléchir à la façon dont nous acceptons les témoignages des anciens dopés. Pour progresser, nous avons besoin de comprendre. Nous avons besoin que ceux qui se sont dopés puissent nous expliquer. Ce sont les témoignages du passé qui nous aideront à lutter contre le dopage à l’avenir. L’omerta est un poids pour les sportifs et un frein pour le sport. 

 

Conclusion

 

J’espère vous avoir convaincus de ma détermination à être digne de votre confiance et à la hauteur de la tâche que vous m’avez confiée.

 

Comme vous tous, j’ai tremblé d’émotions devant d’authentiques exploits sportifs.

Je suis restée interdite devant des révélations de dopage, qui ont brisé tant de rêves.

J’ai lutté ardemment pour faire progresser la lutte contre le dopage.

J’ai applaudi aux résolutions européennes, à chaque étape du chemin, à chaque victoire contre le dopage.

 

C’est un combat qui n’est pas gagné d’avance, qui ne tolère aucun relâchement. « Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu, » disait Bertolt Brecht. Avec votre soutien à tous, avec celui des sportifs, j’entends me consacrer à livrer ce combat pour préserver l’esprit du sport.

Jeudi 11 octobre 2012 tagSPORTS | Dopage
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